vendredi 23 décembre 2011

À cinq heures de l'après-midi - par Samira Makhmalbaf

Titre : Panj é asr / À cinq heures de l'après-midi
Réalisé : Samira Makhmalbaf
Date de sortie : 2003 
Avec : Agheleh Rezaïe, Abdolgani Yousefrazi, Razi Mohebi
Genre : Drame

Synopsis
A cinq heures de l'après-midi, après la chute du régime taliban en Afghanistan, une jeune fille tente de profiter de cette nouvelle liberté pour s'épanouir socialement et devenir Présidente de la République.

Mon appréciation
Oublier votre regard occidental. Ce film pose un regard iranien sur le grand pays méprisé de notre époque : l'Afghanistan. Oublier la frénésie hollywoodienne. Voici une histoire poétique et lente, où chaque détail, où chaque seconde, sont appréciés à leur juste valeur. Oublier votre vision de l'Afghanistan. Ce film, premier long métrage depuis la chute du régime taliban en 2001, tente de surpasser les clichés et la désinformation propagés par les médias de masse. L`Afghanistan a des problèmes que la réalisatrice Samira Makhmalbaf refuse d'ignorer. Elle pose un regard humain et révolté sur la condition de vie des habitants de ce pays d'une mentalité conservatrice digne du pire régime obscurantiste de la planète. Et surtout sur celle des femmes. À cinq heures de l'après-midi raconte le récit de Noqreh, une jeune femme naïve mais forte, qui rêve de devenir la nouvelle présidente de sa nation. Une jeune femme qui doit affronter le formatage sexué — et sexiste — imposé depuis son enfance. On la prive de ses espoirs, de ses capacités et de ses choix sous prétexte que son sexe est doux, maternel, soumis et moins capable. On la prive d'amour et de rêves. Pourtant, Noqreh a envie d'autres choses... La rencontre d'un poète libéral avec qui elle se liera d'amitié l'amènera à vouloir changer le monde à sa façon. Mais c'est sans compter l'héritage obscur de son père, conservateur et religieux...

Un film aux images magnifiques. Un film dérangeant, déstabilisant, avec ses défauts et ses qualités, mais intéressant à regarder. Très intéressant.

samedi 17 décembre 2011

Le journal d'Aurélie Laflamme - Tome 1 - Extraterrestre... ou presque! - de India Desjardins

Desjardins, India. Le journal d'Aurélie Laflamme - Tome 1 - Extraterrestre... ou presque!, Les Intouchables. 246 pages.

Quatrième de couverture
À quatorze ans, Aurélie Laflamme ne se sent aucune affinité avec personne. Depuis le décès de son père, sa mère est un vrai zombie, mais la voilà soudainement qui revit (et qui va même jusqu'à porter des dessous affriolants!). Pourrait-il y avoir un lien avec Denis Beaulieu, le directeur de l'école? (ou-ach!) Quant à sa meilleure amie, Kat, l'amour lui ramollit complètement le cerveau. Pas question de s'y laisser prendre, elle aussi! Mais personne n'est à l'abri d'un coup de foudre...
Et au milieu de ce tourbillon, Aurélie ne désire qu'une chose, trouver sa place dans l'univers.

Aurélie : une Teen Lit anti Chick Lit.
J'adore la littérature jeunesse, et pourtant, je n'en avais pas lu depuis un sacré bail. Les récents succès m'intriguent, mais j'apprécie aussi de me replonger dans ma propre adolescence, voire mon enfance.
Vous vous imaginez combien je me surprenais moi-même en constatant n'avoir jamais tourné les page du Journal d'Aurélie Laflamme, un des plus grands succès auprès de la jeunesse québécoise... Alors, lorsque je suis tombée dessus dans une pharmacie, j'en ai profité pour l'acheter, et le lire à la maison au chaud sur le divan. J'ai tout de suite compris pourquoi les ados l'aiment tant : ce roman est drôle et déjanté, avec une pointe de tristesse, mais aussi proche de la réalité quotidienne des jeunes filles.

À travers les 246 pages du premier tome, nous suivons Aurélie durant quelques mois de sa vie à travers les moments qu'elle veut bien confier à son journal intime : sa dispute avec sa meilleure amie, sa relation avec sa mère, sa vie à l'école pour filles, son dégoût des garçons (mais peut-être pas pour le jeune homme qu'elle croise souvent sur sa route), et, surtout, tous ses petits tracas. Oui, Aurélie n'est pas un produit de la Chick-Lit. Elle est une fille de quatorze ans qui se comporte comme telle. Pas de récits d'expériences avec des hommes de vingt ans : Aurélie n'est pas hypersexualisée. Pas de séances interminables de magasinage : Aurélie n'est pas millionnaire, pas abonné à cinquante cartes de crédit, pas superficielle. Elle a d'autres occupations, comme les études, l'amitié, la télé, le ménage, Dance Dance Revolution... Pas de drogues, pas de cigarette, pas d'alcool. Aurélie ressemble à beaucoup d'adolescentes de quatorze ans, et c'est sûrement la raison de son succès populaire et littéraire.

Aurélie expriment aussi dans son journal beaucoup de doutes sur la vie après la vie. Car, comme dans tous bons romans québécois pour les adolescentes, reflets de leur société, le père y est absent. Dans la plupart des ces livres, il refuse de jouer son rôle. Ici, le père est décédé. Aurélie a vécu son difficile deuil, mais elle se pose des questions. « Pourquoi sa mère lui a dit qu'elle ignorait ce qui arrivait après la mort? » « Son père est-il retourné sur sa planète d'origine ?» Oui, oui. Aurélie se sent bien étrangère à ce monde avec sa maladresse et son humour foireux. Sa théorie? Son père est peut-être un extra-terrestre, donc, par déduction, elle aussi le serait. Ceci expliquerait son malaise constant face à la vie en société...

Un film a également été réalisé à partir du livre. De bonne qualité, j'ai passé un bon moment à le visionner. ;)


Je suis noyée dans les études ces temps-ci, ce qui explique mes peu nombreuses mises à jour. J'ai du retard dans mes billets, car la lecture, elle, n'a jamais cessé, bien que réduite en terme de temps. Mais les vacances de Noël arrivent bientôt, ce qui me laissera le loisir de rattraper quelques billets lecture. À bientôt alors! ^^

mardi 29 novembre 2011

Les Mardis Top 10 -- #02

Une deuxième participation au Top Ten Tuesday, un jeu originellement conçu par The Broke and The Bookish, et repris en Version Française par Iani.

Ce sera un top sept pour moi cette semaine, à défaut d'en avoir trouvé dix.

Dix livres dont la fin m’a laissée bouche-bée

Quelles sont les fins de livres qui vous ont le plus surpris ? Quels sont ces livres dont la fin vous a laissé ce sentiment d'incrédulité, d'étonnement ?

(Merci de faire attention à ne pas dévoiler de spoiler sans prévenir ! Si votre article contient des spoiler (ou un partie de celui-ci), ça serait vraiment sympa de le préciser !)
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07- Le souffle de l’Harmattan de Sylvain Trudel
Parce que je n’ai jamais aussi mal évalué le caractère psychologique d’un personnage. Ou plutôt de deux. Le romancier nous bluffe dans un coup de maître littéraire.

06- Dix petits nègres d’Agatha Christie
Mon premier roman policier! Oui, oui.

05- Le puit et le pendule d’Edgar Allan Poe
Une nouvelle. Qui aurait pu être la meilleure de tous les temps, mais les quatre dernières phrases gâchent tout...      
        
04- Robert des noms propres d’Amélie Nothomb
Et pourtant, elle était inscrite sur la quatrième de couverture, en une courte phrase... Pourquoi ne l’ais-je pas vu venir, alors? L’auteure réussi à nous la faire oublier, pour mieux nous la remettre dans le visage avec cette troublante conclusion...

03 - Harry Potter à l’école des sorciers de J.K. Rowling
*Spoiler aux deux ou trois dans le monde qui n'ont jamais vu le film ou lu le roman* 
Non mais, qui ne soupçonnait pas Rogue? Il fallait que ce soit lui, et pourtant... C’était celui que l’on soupçonnait le moins.

02- La petite fille qui aimait trop les allumettes de Gaétan Soucy
La pire fin que l’on puisse imaginer à une histoire, et rien que l’on voit venir, rien, tellement c’est incroyable. On se sent idiot une fois le livre refermé. On se dit à coup sûr : « Euh... qu’est-ce que j’ai manqué? Pourquoi je n’ai rien vu de cela? L’auteur et ses personnages se moquent-ils de moi? »
Moralement atroce comme fin. Et c’est ce qui en fait un si bon roman, que je conseille à tous.

01- Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé de J.K. Rowling
Et ce magnifique chant du phénix...

samedi 26 novembre 2011

« Nataq » - de Richard Desjardins

Une chanson du grand poète et chansonnier, Richard Desjardins.
À écouter au moins une fois dans sa vie, sous peine de manquer une chanson à la poésie pure, au piano dont les airs classiques possèdent quelques nostalgies, à l'histoire enivrante d'une allégorie de la découverte de l'Amérique par les Premières Nations - ici symboliquement nommées Nataq par l'artiste honoré par le dictionnaire Larousse.

 
Nataq

Toi, tu es ce soleil aveuglant les étoiles
Quand tu parles au mourant sa douleur est si douce.
Pour trouver le ravage et tuer l’animal,
Pour trouver le refuge tu es mieux que nous tous,
Nataq.

Je dis que je ne peux rêver la vie sans toi.

J’ai la mémoire des eaux où je me suis baignée.
Maintenant que tu vis, que je rêve à la fois,
Tout mon être voudrait que tu sois le dernier,
Nataq.

Mais je ne veux pas mourir sur ce rocher accore

A la vue des autres, abusée par les dieux.
Il n’y a pas de fleurs pour jeter sur mon corps,
Et qui donc frappera le tambour de l’adieu?

Je te le redis, je te suivrai dans la fosse,

Mais je veux de la terre, ô Nataq, tu m’entends!
Si cela te convient, si la vie nous exauce,
Nous serons ensemble jusqu’à la fin des temps.

Mais je suis si inquiète, la lumlère retarde

Un peu plus chaque jour, ton silence m’opprime.
Ouvre les yeux et vois que les loups nous regardent,
Ils ont déjà choisi le moment, la victime.

Et voilà que s’échappe dans ce ciel obscurci

Le souffle du chaman étranglé de remords.
Vois! il tremble de peur et ses doigts sont noircis,
Et pendant que je t’aime, il appelle la mort.

Si la mort se hasarde où s’achève le monde

Sois certain qu’elle ne viendra pas que pour lui
Cachons bien nos blessures, elle s’en vient pour le nombre.

Ô Nataq bien-aîmé, moi, mon cœur a conclu,

Moi, je meurs de mourir dans ce funeste camp.
Oui, nous sommes perdus comme nul ne le fut,
Oui, nous sommes perdus maints encore vivants.

Ouvre les yeux et vois cette nuée d’oiseaux

A l’assaut de la mer inconnue, où vont-ils?
Moi je dis que là-bas il y a des roseaux
Allons voir, allons voir; je devine des îles

Où le jour se lève, me nourrit et se couche,

Sur des plumes divines et des cavernes sûres.
Il y aura de l’eau chaude comme ta bouche
Pour accoucher la fille et fermer sa blessure.

A ton signe, à ta voix, recueillis sous tes lances,

Des troupeaux de bisons réclamant sacrifices,
Et quand éclatera la lune d’abondance,
Des orages de fruits pour que vive ton fils.

Ton destin est le mien, nous ne mangerons plus

Nous irons frayer aux savanes intérieures,
Et tu t’enflammeras mon désir pur et nu
Que je hurle ta joie, que tu craches mon cœur.

Et si par miracle nos prières parviennent

A calmer ces dieux fous que ta douleur fascine,
Je n’accepterai pas que l’un d’eux me ramène
Où j’ai pleuré du sable et mangé des racines.

Je ne retourne pas sur les lieux des anciens,

Sous les lois de guerriers débouchant aux clairières,
La mémoire brûlée, le flambeau à la main
S’il me faut retourner, je retourne à la mer.

Je suis jeune, Nataq, comme un faon dans l’aurore,

Et la vie veut de moi et voudrait que tu viennes
Réveillons la horde, je l’entends qui l’implore
Attachons les épaves aux vessies des baleines.

Nous serons les premiers à goûter aux amandes

Traversons, traversons, amenons qui le veut.
Aime-moi! Aide-moi! Mon ventre veut fendre.
Je suis pleine, Nataq, il me faudra du feu.

mardi 22 novembre 2011

Les mardis Top 10 -- #01

 Pour remettre un peu de vie sur ce blogue sommeillant, et aussi par longue curiosité d'essayer cette chose nouvelle, j'ai eu l'envie de participer au Top Ten Tuesday, un jeu originellement conçu par The Broke and The Bookish, et repris en Version Française par Iani.

Il est parfois difficile de bien cerner ses manies. Mais je me lance pour cet exercice :

Les 10 manies, habitudes littéraires que vous avez.


10- Je ne lis pas beaucoup de magazines et de revues. Surtout pas de potins sur les vedettes. Mais lorsque je m'achète une revue littéraire/historique/humoristique/scientifique/etc, je la lis... à l'envers, en commençant par la fin. Je n'ai aucune idée du pourquoi je fais ça.
9- Je ne lis jamais les quatrièmes de couverture. Elles en révèlent trop sur l'histoire ou me dégoûtent d'elle. Un bon plat de derrière, ça devrait pourtant exister, non?
8- Je retiens toujours le numéro de page où je suis rendue, et, une fois sur deux, je n'utilise pas de signets malgré le fait que j'en possède une collection. Comme je dois toujours lâcher une lecture en cours pour X raisons, je retiens aussi la ligne tant que je le peux.
7- Je lis beaucoup dans la baignoire. De l'eau chaude, du savon à mousse, une odeur d'encens et un bon roman. Une idée du bonheur.
6- J'entrecoupe les chapitres par des moments de ménage. Ça garde le corps en forme, l'esprit alerte, et ça permet de ressasser les mots et idées dans sa tête, en attendant le chapitre suivant. Si les chapitres sont trop longs, je prend une pause au milieu. Si trop courts, j'en lis plusieurs en ligne avant de prendre un temps d'arrêt. (Et puis, ça motive à laver la vaisselle plus vite afin de reprendre la lecture).
5- Je compte toujours les pages qui me séparent de la fin. Dès le début du livre. Car ça me permet de planifier mes temps de lecture sans sombrer dans la procrastination.
4- Jamais de ma vie je n'ai lu la fin d'un livre en cours de lecture. Ce serait un sacrilège. Ça me gâcherait l'histoire.

3- J'achète de grands classiques et contemporains littéraires, mais une fois sur deux, je trouve ces livres trop élitistes, trop petits bourgeois, trop snobs pour moi. Mais je n'arrive jamais à les revendre, je tiens à les garder tout de même dans ma bibliothèque, parce que hé! je les ai tout de même lu, ces bouquins.
2- Je déteste les couvertures voyantes, et j'évite d'acheter ce type de livres. Car il me rebute. Je préfère les couvertures sobres, simples et blanches ou aux couleurs modestes. Sinon, j'ai l'impression que le marchandisage à outrance du livre cache en fait un contenu pauvre et superficiel.

1- J'ai toujours un livre sur moi, où que j'aille. Et, vraiment, peu importe où. Avouez que c'est aussi votre cas! ^^

dimanche 20 novembre 2011

Mise à jour de la PàL (3)

Depuis plusieurs semaines, je n'ai rien écrit sur ce blogue. La faute incombe à mes travaux, car j'ai repris les études, et à l'Amour, car celui-ci batifole dans ma vie depuis quelques mois. ^^
Je ne pense pas reprendre un rythme régulier d'ici les vacances de la Noël, mais je vais tenter le plus possible de publier quelques billets, musicaux et/ou littéraires. En attendant, voici mes derniers achats au Salon du livre de Montréal.

Leonardo (tome 1) : L'atelier du grand Verrocchio  - de Matthieu Legault

Cette série m'intrigue beaucoup depuis quelques temps, surtout depuis que j'ai parcouru le blogue de l'auteur et que j'ai lu le billet d'Allie sur le bouquin. À 2,95$ l'offre de lancement, je ne vais pas me privé de jeter coup d’œil! ;)


Oscar et la dame rose - d'Éric-Emmanuel Schmitt

Le film, je ne l'ai pas aimé. Mais je ne vais pas juger le bouquin négativement avant de l'avoir lu, surtout un livre de Schmitt, que je considère être un des meilleurs écrivains du monde à l'heure actuelle. ;)


Une forme de vie - d'Amélie Nothomb

Une de mes écrivaines favorites + la promesse de lire son œuvre entier = lire l'un de ses rares livres que je n'ai pas encore tenu entre mes mains.


Au bonheur des ogres - de Daniel Pennac

Un autre roman de Pennac que je dois lire.


Des souris et des hommes - de John Steinbeck

Un grand classique de la littérature états-unienne qui parsème mes rêves littéraires depuis quelques temps.


L'étrange histoire de Benjamin Button - de Francis Scott Fitzgerald

 J'ai vu le film, mais c'est surtout la nouvelle qui m'intéresse, afin de pouvoir mettre mes propres images sur cet imaginaire. ^^

vendredi 7 octobre 2011

Orgueil et préjugés - de Jane Austen

Austen, Jane. -- Orgueil et préjugés. -- Traduit de l'anglais par Jean Privat. -- [Paris], Archipoche, c2010. -- 476 p. -- ISBN 978-2-35287-168-2

Quatrième de couverture
À Longbourn, dans le Hertfordshire, Mrs Bennet, femme de pasteur, est déterminée à marier ses cinq filles afin d'assurer leur avenir.

Lorsqu'un riche jeune homme loue le domaine voisin de Netherfield, elle espère vivement qu'une de ses filles saura lui plaire et met tout en oeuvre pour arriver à ses fins.

Elizabeth observe avec ironie les manigances de sa mère. Si elle apprécie le charmant Mr Bingley, elle est tout d'abord irritée par le comportement dédaigneux de son ami, le fier Mr Darcy.

Au-delà des aventures sentimentales des cinq filles Bennet, Jane Austen offre une satire des conventions de la bonne société anglaise à la fin du XVIIIe siècle.

Rédigé en 1797 et publié en 1813, Orgueil et Préjugés est considéré comme le chef-d'oeuvre de Jane Austen. Ce roman psychologique, qui suit la trame d'une comédie romantique, a donné lieu à de nombreuses adaptations au cinéma.

« Elizabeth est un personnage irrésistible : pleine d'esprit, volontaire et si humaine. Elle entraîne le lecteur sur un chemin qui mène à la découverte de soi-même. »
Monica Ali, auteur de Sept mers et treize rivières

Quand l'amour se fait intelligence
Ça y est! Je l'ai enfin lu! Et je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi je ne l'avais pas fait auparavant. o_O

Orgueil et préjugés, écrit par Jane Austen et originellement paru en 1813, est un roman psychologique sur fond d'histoire sentimentale, une fresque (maintenant) historique d'une grande précision sur les mœurs sociales du début du dix-neuvième siècle en Angleterre. Tout passe au peigne fin : la condition des femmes à cette époque, et en particulier celle des jeunes personnes issues de la classe « gentry », c'est-à-dire la noblesse rurale non-titrée. Les relations entre les différentes classes sociales, alors très définies et carrées. Le lien fort étroit entre le mariage et l'argent, l'argent et la réputation, la réputation et le mariage, l'argent et la réputation. Les mœurs protestantes et aristocratiques, à une époque où la Révolution française n'arrive pas à la cheville de la lente Révolution industrielle de l'Angleterre, dont même ses propres villages et campagnes semblent à l'abri de tout changement abrupt dans ses habitudes de vie. Les relations hommes/femmes dans une société pragmatique qui laisse peu de place à l'amour dans la notion du bonheur, et privilégie surtout l'aspect matérialiste de l'union légitime. Les contraintes et codes sociaux, connus et suivis à la lettre par tous, sans (presque) jamais de remises en question dans ce monde conformiste où l'élite de la fortune terrienne fait loi. Et je pourrais encore nommer de nombreux aspects abordés dans ce livre avec à la fois souci de précision et regard ironique. Mais j'en parlerais alors durant des heures sans me taire jamais. Car je suis encore sous le choc de cette lecture, les mots me viennent peu à l'esprit pour décrire la justesse et la profondeur psychologique de la plume réaliste de Jane Austen. Disons que je comprends l'engouement autour de ce roman. Et pourquoi certains lui donnent le titre mérité d'un des meilleurs romans au monde.
Je fus séduite par le mystérieux Mr Darcy, orgueilleux et vindicatif, mais si profond qu'il ne laisse personne indifférent sur son passage. Élisabeth m'a fait rire par ses propos amèrement ironique sur le monde. Chère Lizzy, dont la vive intelligence aurait pu la promette à une vie solitaire remplie de malheurs si elle n'avait su se défaire de ses préjugés. Mr et Mme Bennet m'ont fait tantôt rire, tantôt exaspéré par leur comportement, détaché et irresponsable envers sa famille pour le premier, frivole et superficiel pour la seconde. Mr Collins, pour sa part, clergyman si rigolo avec son pédantisme démesuré, son style pompeux et ses convictions aveugles dictées par les conventions sociales toutes aristocratiques, doit être le personnage le plus parodique (en compagnie de Lady Catherine de Bourg) du roman. La jolie Jane m'a redonner confiance dans le genre humain. L'exubérante et insignifiante Lydia m'a rappelée toutes ces héroïnes de romans sentimentaux, héroïnes qu'Austen parodie à travers ce personnage écervelée qui n'hésite pas à mettre à mal toute sa famille, le destin de ses sœurs et sa propre réputation pour une passion passagère et non réciproque. Sans oublier tous les autres, tout aussi marquants, mais dont la mention m'obligerait à faire plus d'un billet sur le sujet.
Bref, si vous n'avez pas lu ce livre encore, ne faites pas comme moi, n'attendez pas!
Orgueil et préjugés, un roman que je relirai avec plaisir, un jour, avant ma mort, et même au-delà!

Extrait
Pour lire le premier chapitre, suivez ce lien.

samedi 1 octobre 2011

« Mange ton âme » de Polémil Bazar

Une autre chanson de Polémil Bazar pour bien commencer le mois!

Mange ton âme

Y’a ceux qui comptent et ceux qui tronquent
Ceux qui bombent et ceux qui tombent
Ceux qui financent l’hécatombe et qui de rire sont morts

Y’a ceux qui gueulent et ceux qui bêlent
Ceux qui veulent et ceux qui gèlent
Ceux qui vendent les ficelles et le reste qui dort

Mange ton âme, plutôt que d’la vendre au gramme
Range ta lame et viens t’faire chanter ta gamme

Y’a ceux qui attendent et ceux qui cherchent
Ceux qui s’pendent et ceux qui lèchent
Ceux qui de tout bois font flèche et qui de rire sont morts

Y’a ceux qui rêvent et ceux qui crèvent
Ceux qui « fiellent » et ceux qui sellent
Ceux qui tirent les ficelles et le reste qui dort

Y’a ceux qui s`plaignent et ceux qui geignent
Ceux qui feignent et ceux qui saignent
Ceux qui par-dessus tout règnent et qui de rire sont morts

Y’a ceux qui foulent ceux qui déboulent
Ceux qui roulent, ceux « kilojoulent »
Ceux qui se noient dans la foule et le reste qui dort

Mais sûr bien aussi y’a ceux
Qui toujours on oublie y’a ceux
Qui criblés de mépris y’a ceux
Qui crevés par la vie y’a ceux
Qui condamnés, éconduits y’a ceux
Qui implorent un répit y’a ceux
Qui meurent et qu’on oublie

Enfin y’a tous ceux qui rigolent
Ceux qui n’ont rien pour qu’on les vole
Qu’un simple aller pour providence
Qui jonglent avec la chance

Lesquels sont les moins malheureux
Moins méprisables et moins gâteux
Si la question vous rend nerveux
Vivez mal et mourez vieux

Paroles : Hugo Fleury
Musique : Martin Desjardins

vendredi 23 septembre 2011

Polémil Bazar


Polémil Bazar (1999 - 2007), un groupe alternatif québécois, marqua la scène musicale avec sa musique festive et originale. Grâce à ses emprunts à la musique du monde (jazz, manouche, tzigane, chanson à texte, etc) et sa poésie surréaliste et engagée, le groupe est devenu un véritable coup de cœur pour mes petites oreilles mélomanes en manque de bonne bastringue underground. L'esthétisme de Polémil Bazar, inspiré du cirque, du cabaret, du théâtre, crée un monde unique et fantaisiste où on ne ressort pas intacte après le grand plongeon au sein des notes entortillées mais libres de leurs disques.

Le groupe a sorti trois albums :
2001 : Chair de lune ;
2003 : Chants de mines ;
2005 : Avale ta montre.

Je vous partage cette découverte, hélas trop récente pour ma part, avec une première chanson nommée « Culturé, bien élevé », un peu plus accessible que le reste de la discographie, mais tout de même révélatrice du style de Polémil Bazar.


Culturé, bien élevé

À peine sorti d’ma mère, les infirmières craquaient pour moi
Et dans la pouponnière, toutes les filles étaient en émoi
Je crée la sensation, je suis né comme ça, j’y peux rien
Je suis la perfection, le nec plus ultra masculin

Je suis la perfection, je le redis, que ce soit clair
L’ultime création, sans mauvais pli, j’ai tout pour plaire
Je fais bien des jaloux, on m’envie mes nombreux talents
Les femmes sont à mes genoux, je suis gentilhomme et charmant

J’ai trop de sensualité, de charme et d’ingéniosité
Je sais, ça peut paraître odieux, mais c’est comme ça qu’m’a voulu Dieu

Culturé, bien élevé, propre et proportionné
Je suis le fils qu’espèrent avoir tous les parents
Culturé, bien élevé, propre et proportionné
L’homme dont toutes les femmes rêvent, un fabuleux amant

On m’adule, on m’adore, on m’idolâtre, on me respecte
Pas seulement pour mon corps, mais bien sûr aussi pour ma tête
Je crée des commotions, j’inspire les envies les plus folles
Je soulève les passions, je rends les rigides frivoles

Mes frères ont des sales gueules, mes sœurs ont l’air de boules de quilles
Je relève à moi seul la valeur de toute ma famille
Le contraste est si grand que la rumeur est unanime
On accuse mes parents d’avoir un fils illégitime

Je sais, j’ai l’air égocentrique, oui mais chez moi c’est génétique
Le jour où l’on clonera des hommes, j’pourrai partager ma personne

C’est bien d’être parfait, mais parfois c’est lourd à porter
Ça m’écrase, en effet, tous ces excès de qualités
Je cultive l’impression que tout un chacun me déteste
Car, à la conclusion, les gens préfèrent les gens modestes

Alors je m’imagine être petit, moche et crétin
Devenir anonyme, avoir un médiocre destin
Mais cette idée m’effraie, du coup, je redeviens moi-même
Prétentieux, oui c’est vrai, oui mais bon, c’est mon seul problème

J’accepte avec humilité ces talents que Dieu m’a prêtés
C’est mon fardeau, c’est ma pitance, que d’vivre avec mon excellence

Paroles : Hugo Fleury
Musique : Hugo Fleury et Polémil Bazar

jeudi 22 septembre 2011

Mise à jour de la PàL (2)

Nouvelle razzia de bouquins! Cette fois-ci dans l'usagé, afin d'offrir une nouvelle vie à des livres qui ne méritent pas de mourir sur des tablettes, sans chance d'être partagés et lus.

ADULTE

Les Aurores montréales de Monique Proulx
Ceux qui me suivent depuis longtemps doivent savent sans doute que j'adore tout ce qu'écrit Monique Proulx. Ce présent recueil de nouvelles était inscrit dans ma prochaine liste de bibliothèque (publique), mais l'acheter en parfait état, c'est encore mieux! ;)

 Ses autres livres :
Le sexe des étoiles
Homme invisible à la fenêtre

Monologues d'Yvon Deschamps
Yvon Deschamps, l'inventeur du stand-up québécois, un des meilleurs humoristes de la francophonie, voire même du monde. Ce recueil rassemble certains de ses meilleurs et plus célèbres monologues. Inutile de préciser mon enthousiasme à lire et relire ce bouquin.

La concierge du Panthéon de Jacques Godbout
Jacques Godbout, célèbre écrivain québécois que je n'ai jamais lu. Changeons cela. ;)

JEUNESSE

Messieurs les enfants de Daniel Pennac
Je n'ai jamais lu Daniel Pennac, un écrivain français contemporain, mais on raconte qu'il en vaut la peine.

Les vélos n'ont pas d'états d'âme de Michèle Marineau
J'ai déjà parler de cette écrivaine de la jeunesse sur ce blogue (Cassiopée - L'Été polonais), et ne compte pas m'en tenir à un roman.

La série Charlotte de Dominique Demers, 3 tomes :
J'adorais lire cette série jeunesse lorsque j'étais une enfant. C'est avec joie que j'accueille la perspective de me replonger dans la lecture de cette série culte, écrite par l'une des plus grandes écrivaines de la jeunesse au Québec : Dominique Demers, dont la réputation n'est plus à faire tant ses œuvres sont toujours de qualité.

La Nouvelle Maîtresse ; 

Une bien curieuse factrice ;

Une drôle de ministre

Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry
Un grand classique dont on m'a parlé toute mon enfance, sans jamais me le faire lire...

Poil de carotte de Jules Renard
Je n'ai pas pour habitude d'acheter les vieux livres qui sentent le moisi (une fois le processus de détérioration enclenché, il devient irréversible), mais je ne pouvais pas résister à ce bouquin! J'adorais la série télé lors de mon enfance, et je suis certaine que le roman est encore mieux. :)

lundi 12 septembre 2011

Tous les noms - de José Saramago

Quatrième de couverture
Monsieur José, employé modèle de l'État civil, a pour seul passe-temps sa collection d'archives concernant les célébrités. Un jour, il tombe par erreur sur la fiche d'une inconnue. Et sa vie bascule. Bientôt obsédé par cette femme, il décide de la chercher et de reconstituer son passé.
Enquête policière et conte philosophique, Tous les noms est l'un des romans les plus profonds et les plus émouvants de ce grand écrivain.

« Pourquoi n'arrêtez-vous pas de regarder la fiche de cette femme inconnue ? »

Saramago, José. - Tous les noms. - Traduit du portugais par Geneviève Leibrich. - Paris : Éditions du Seuil, 2001. - Collection Le point sur. 270 p. - ISBN 9782020484930 (Todos os nomes pour le titre original, publié en 1997)

Mon commentaire analytique
Lu l'an passé, j'en garde un souvenir fort. Un des meilleurs romans que j'ai pu lire dans ma vie, écrit par la plume expérimentatrice et expérimentée du prix Nobel de littérature, José Saramago (1922 - 2010).

1. Et si Kafka s'appelait José?
Tous les noms décrit un (notre) monde où les systèmes définissent l'identité. Système bureaucratique kafkaïen, système scolaire, système thanatologique, système du droit, etc. Le personnage principal, modestement nommé José, un nom très commun au Portugal, a une vie régie par ces systèmes à la fois sociaux et gouvernementaux qui ont chacun leur propre définition de l’identité. De plus, ceux-ci ont des modes de fonctionnement floues et sans frontière strictement définie (à l’image de la notion de l'identité). Dans ce roman, on voit donc le personnage passer d’un système à l’autre assez aisément puisque tous ces systèmes sont juxtaposés et complémentaires, et qu’ils s’influencent l’un l’autre tout en restant équivalents. En faisant cela, il acquiert un peu plus de son identité psychologique et sociale au fil de sa compréhension de ces différents systèmes.

2. J'agis, donc je suis.
Le personnage de ce roman est sans biographie. Sa psychologie est plus que facile à saisir, et son nom n’a aucune importance. La seule chose qui compte dans ce personnage, c’est son apparence physique qui semble suivre le gré de ses changements psychologiques. Les moments où il se dévêt correspondent aux mêmes moments où il se dépouille de ses attributs professionnels. Par exemple, il porte un vieux pyjama en même temps qu'il cache des documents sous son matelas. Le manque de professionnalisme (cacher des informations à son patron) se reflète par le fait qu'il ne porte pas ses habits de travail. C'est donc un personnage où la personnalité transparait plus dans le paraître que dans l’être. Toutefois, l’être prendra le dessus au fur et à mesure que l’histoire avancera. Il « s’incarnera » dans la forge de ses expériences. Ainsi, la quête romanesque du personnage n’est pas du tout une recherche d'informations sur la vie de la femme inconnue (ce qu’elle semble être au premier abord). Ce n’est qu’un prétexte qui anime le personnage. Sa véritable quête, qui passe par des expériences, en est une de sens. Il fait donc cette recherche afin de vivre et d’accumuler ces expériences significatives et constructrices. Il se construit un destin. Cela lui permet de se connaître mieux lui-même, ce qui change naturellement bien des choses dans sa vie. Au fond, il peut devenir lui-même grâce à une succession d’action, comme si agir équivalait à exister, à être. Les expériences qu’il vit le conduisent tout d'abord à se souvenir, comme si l'action éveillait des souvenirs enfouis, comme si la mémoire de l’enfance devait s'acquérir par un geste. La mémoire, après tout, est ce qui construit la personnalité et lui donne un caractère précis. Ces souvenirs, il les écrit dans un cahier. Il écrit donc sa quête dans l’espoir d’en révéler le sens. Parce qu’écrire donne forme et sens aux événements. Bref, au début du roman, le paraître est le plus important chez ce personnage. Toutefois, dans sa quête de sens qui s’acquiert par les expériences et la mémoire des événements passés, ce qui montre bien qu’il se forge maintenant une identité par lui-même et non grâce aux systèmes, l’être prendra peu à peu le dessus. Ici, l’identité se forge bel et bien par les expériences.


J'aurais encore beaucoup à dire et à analyser sur ce roman d'une richesse incroyable. Mais je vous laisse le découvrir par vous-même. ;)

samedi 10 septembre 2011

Labyrinth - par Jim Henson

Titre : Labyrith / Labyrinthe
Réalisation : Jim Henson
Scénario : Dennis Lee, Jim Henson, Terry Jones et Elaine May (non créditée)
Acteurs principaux : Jennifer Connelly, David Bowie
Date de sortie : 1986

Synopsis (source)
Une toute jeune fille romantique se sentant mal à l'aise dans sa famille s'évade en lisant des contes fantastiques. Son livre favori "le Labyrinthe" lui ouvre une nuit les portes d'un autre monde. Sarah voit son jeune frère, Toby, enlevé par une troupe de lutins aux ordres du séduisant et cruel Jareth. Elle part au secours de l'enfant et pénètre dans le labyrinthe qui mène au palais du ravisseur. « Labyrinthe est à la fois un récit d'aventures et une plongée dans les rêves et les sentiments d'une jeune fille au seuil de la maturité ».

La où rien n'est ce qu'il semble être
Je ne le crois même pas moi-même : non seulement je n'avais jamais vu Labyrinth, mais je n'en avais jamais entendu parler! Shame on me.
Si vous avez vu ce film, vous savez quelles merveilles j'ai manqué. Si vous ne l'avez jamais vu, réservez-vous vite une soirée et organisez une projection avec votre famille. Vous ne le regretterez pas.
Les gobelins
Labyrinth est un film où les animations sont réalisées par des marionnettes. De bonnes et sympathiques vieilles marionnettes. À l'ère des supers effets spéciaux animés par ordinateur, un tel film vivifie notre vision du cinéma. Ça fait du bien, quoi. Jim Henson, également créateur du Muppet Show, livre ici une panoplie de créatures toutes plus originales les unes que les autres. Car Labyrinth déborde d'imagination, et plonge le spectateur dans un fascinant univers régit par le non-sens, où rien n'est ce qu'il semble être.

David Bowie et Jennifer Connelly
On ne peut pas parler de ce film sans mentionner les chansons, écrites, composées et interprétées par David Bowie, qui joue également le rôle du Roi des gobelins dans ce film musical et fantaisiste. Très typiques des années '80, ces chansons collent au monde du film à la perfection, en ajoutant une petite touche de magie supplémentaire. Et en plus, elles sont entrainantes.

Sir Didymus et Ambrosius, son fidèle chien-destrier, Hoogle et Ludo
Je ne vous en dis pas plus, je vous réserve la surprise de la découverte! Je suis gentille, hein? ;)
Et encore mieux, voici un lien vers une chanson du film, Magic Dance, de David Bowie. ^^


dimanche 4 septembre 2011

De retour!


J'ai récupéré internet!! De nouvelles mises à jour devraient venir bientôt. En attendant, je suis bien contente de vous revoir la binette sur la toile virtuelle. C'est avec joie que j'accueille la possibilité de visiter de nouveau vos blogues et de lire vos suggestions de lecture, héhé. :)
À très bientôt!!

samedi 13 août 2011

Fred Pellerin - « Silence »

Fred Pellerin n'est pas qu'un grand conteux, c'est aussi un charmant chansonnier s'amusant à jouer du folk, tant avec son frère qu'en carrière solo. Pour me faire pardonner ma grande absence sur la blogosphère des derniers et futurs temps, voici une chanson composée et chantée par cet homme si unique : Silence.


Silence

J'm'en va t'ammener où c'est silence
Pour entendre juste la murmurence de ta voix, une fois

J'm'en va t'ammener où y fait noir
Juste pour voir la p'tite brillance dedans tes yeux, un feu

Y'a plein d'affaires qu'on dira pas
Y'en a toujours qu'on dit jamais, pis qu'on dit jamais

J'm'en va t'ammener dans un désert
Grand comme la mer, te voir courir à perdre l'horizon

Y'a plein d'affaires qu'on dira pas
Y'en a toujours qu'on dit jamais, pis qu'on dit jamais

J'm'en va t'ammener devant la mort
Quand la vie part voir si ton coeur battra l'amour encore

Y'a plein d'affaires qu'on dira pas
Y'en a toujours qu'on dit jamais, pis qu'on dit jamais

J'm'en va t'ammener où c'est silence


Autres billets en rapport à Fred Pellerin :

vendredi 29 juillet 2011

Karkwa - « Marie, tu pleures »

Comme j'ai manqué de temps pour écrire sur cet espace virtuel ces derniers-jours à cause de mon déménagement (nous sommes rendu à l'étape peinture), je vous partage une autre magnifique chanson de Karkwa!

Marie, tu pleures

Marie tu pleures pour rien
Marie ton cœur revient

Marie tu peux sortir
T'as traversé le pire
Même s'il grêle au milieu de juillet
Même s'il tu mêles tes cheveux défaits

Marie les jours avancent
Marie l'amour balance
Même s'il grêle au milieu de juillet
Même si tu mêles tes cheveux défaits

Marie tu pleures pour rien, revient.

Après il fait soleil
Après il grêle
Après il neige
Après il fait soleil
Après il grêle
Après il neige
Après il fait soleil
Après il grêle..

vendredi 22 juillet 2011

Les Black Stones vous reviendront dans quelques instants - de François Gravel

GRAVEL, François. Les Black Stones vous reviendront dans quelques instants, Québec/Amérique, coll. Littérature d'Amérique, Montréal, 1991, 216p

Quatrième de couverture
Une offre à la fois alléchante et embarrassante lance un jour le narrateur dans une enquête qui le ramènera plusieurs années en arrière, jusqu'avant l'époque où il il était bassiste pour les Black Stones. Qui ou que trouvera-t-il réellement au terme de cette recherche ?

Ce cinquième roman de François Gravel, construit comme un mécanisme d'horlogerie, dévoile la tendresse et l'amitié qui se dissimulent sous l'ironie ou le cynisme de son personnage. La puissance des formules-chocs y alterne avec la finesse, comme les pleins et les déliés d'une très belle écriture à la plume.



Mon commentaire
François Gravel a enchanté mon enfance grâce à sa série de livres jeunesses Klonk. Lors d'une biblio-vente, en tombant sur un de ses romans pour adultes, je me suis dit que je pouvais tenter le coup. Ce genre d'expérience livresque demeure toujours intéressante : l'adulte sera-t-elle aussi satisfaite que l'enfant? Après lecture, je peux affirmer avec enthousiasme que l'auteur passe le test haut la main. ;)

« Y a-t-il quelque chose de plus insignifiant que la vérité ? Oui : être obligé de la raconter ». (p.21)

Les Black Stones vous reviendront dans quelques instants fut écrit en 1991. À cette époque (fin des années '80, début des '90), un mouvement littéraire se répandait au Québec parmi la jeunesse, mouvement qui fut nommé La désespérance. Les romanciers de la désespérance, tous de la génération X, exploitaient le thème de l'artiste marginal ne trouvant pas sa place dans cette société conçue par et pour les baby-boomers. Le résultat final, cynique, sombre et désespéré, montrait les ravages et dégâts laissés à la génération X par la précédente. Récits difficiles à lire, la seule et unique beauté se trouvait dans le refuge des mots, des arts et de la sexualité sans amour. Les Black Stones vous reviendront dans quelques instants me fait beaucoup penser à ce genre, s'y inscrivant en plusieurs points : le cynisme du personnage principal laisse peu de place à l'imagination. L'idéalisme déçu de personnage montre un certain regret de l'intelligence et de la lucidité, car l'ignorance apporte le bonheur, c'est bien connu. Pourtant, derrière ce regard froid et dur sur la vie, on sent un désir de changer, de s'améliorer... d'être heureux. La progression psychologique du protagoniste, principal moteur de ce récit, va vers le haut, et non vers le bas toujours plus sombre. Il évolue vers la tranquillité d'esprit, se rendant compte que son cynisme est la véritable cause de sa stagnation. L'autre point qui dissocie ce livre du roman de la désespérance malgré sa tendance au désespoir, c'est le fait que François Gravel est un Baby-Bommers authentique. Son plus célèbre roman, Klonk, est un véritable hommage aux années '60. Il en va de même pour celui-ci, où la nostalgie de cette époque se ressent jusque dans le titre : les Black Stones, groupe de musique rock dont le protagoniste était le bassiste, se réunit une fois par année avec tous les membres (et certaines groupies) afin de « revivre le bon vieux temps » si on me permet l'expression populaire. On est loin de la société bloquée et no futur des X.
Et pourtant, tout au long de ma lecture, je ne cessais de voir des liens avec les romans de la désespérance. Le ton rend la lecture difficile. J'ai été obligé de le faire à petite dose pour ne pas trop déprimer. Mais plus je tournais les pages, plus je me prenais à l'histoire. Je me croyais presque dans un film de Woody Allen par moment. Surtout lorsque l'institution littéraire s'en prenait plein la gueule par ce personnage de nègre désabusé par rapport à propre domaine et pris malgré lui dans un contrat d'écriture qui changera à jamais son existence.
Malgré les moments de lecture difficiles, je relirais pour une deuxième fois Les Black Stones vous reviendront dans quelques instants avec plaisir.

Extrait
[...] Moi aussi j'ai fait dans la littérature. J'étais jeune, encore à l'université. On m'y avait appris qu'il fallait à tout prix faire éclater la structure du récit, à défaut de faire éclater la bourgeoisie. J'y ais cru. Mon premier roman n'avait pas de personnage principal, je n'y racontais pas d'histoire et, pour faire plus éclaté encore, il n'y avait même pas de ponctuation. Par quel échafaudage dialectique en étions-nous arrivés à décréter que l'usage de la ponctuation était une tare bourgeoise? Le mystère reste entier. Je faisais semblant de comprendre, comme tout le monde, le temps d'avoir un papier. Personne ne devrait être tenu responsable des actes et des paroles qu'il a commis pendant la durée de ses études universitaires. On devrait invoquer les circonstances atténuantes et décréter une amnistie générale.
     Le pire, c'est que ça s'est vendu. Pas des masses, mais tout de même. J'avais eu des critiques plutôt tièdes dans les cahiers littéraires des journaux du samedi, mais une nuée de petites revues m'avaient encensé. Un an plus tard, je recevais mon premier chèque: cent soixante dollars. Emporté par l'enthousiasme, j'en avais écrit un autre dans la même veine. Mais j'avais quitté l'université, les revues qui m'avaient porté aux nues n'existaient plus, d'autres avaient pris leur place. L'absence de ponctuation était soudainement devenues une forme particulièrement perverse d'esthétisme petit-bourgeois, j'étais devenu un symbole de la dégénérescence de la culture capitaliste à son stade monopoliste. J'ai compris. Depuis ce temps, je laisse aux autres les éloges et les critiques, et je me contente de l'anonymat et des chèques.
- François Gravel, Les Black Stones vous reviendront dans quelques instants, p. 8 et 9

jeudi 21 juillet 2011

Le berceau du chat - de Kurt Vonnegut


Quatrième de couverture
Jonas écrit une biographie du Dr Hoenikker, un des pères de la bombe atomique et du « Glace-9 », le germe qui congèle l''eau. Il retrouve les enfants du savant dans la République bananière de San Lorenzo, où le gourou Bokonon prône le mensonge comme source du bonheur. Culture et contre-culture se croisent en ces temps de guerre froide où chacun redoute une apocalypse imminente.
« La science est une magie qui réussit ».
 
VONNEGUT, Kurt. Le berceau du chat (Cat's Cradle), trad. de l'anglais par Jacques B. Hess, Points, 2011 (1963), 237 p

Commentaire de lecture
« Euh... qu'elle fin bizarre! ».
- Première pensée en refermant le livre.
« Quelle lecture troublante... ».
- Seconde pensée, plus angoissante, une fois le choc passé.

Car, troublante, oui, elle l'est, cette histoire qui oscille entre l'absurde et la science-fiction, étalant sur ses pages l'idiotie humaine. L'idiotie même. 

John « Jonas », journaliste, décide de plonger dans l'écriture d'un roman sur la bombe atomique. Naïf, il contacte deux des trois enfants du père de la bombe atomique, et leur demande des souvenirs d'enfants sur cet événement terrible de l'humanité. Sans se douter de rien, il continue sa route en retrouvant aussi d'anciens scientifiques qui travaillaient sur l'invention de la bombe. Il note avec candeur tous ces témoignages, mais ne voit pas son destin se sceller parmi les détails recueillis. Car le Dr Hoenikker n'a pas qu'inventé la plus puissante bombe du monde : il a aussi créé la glace-9, petits cristaux pouvant transformer toute l'eau de la Terre en glace incassable. Et détruire ainsi le monde. Ne se doutant de rien, John s'envole pour San Lorenzo , une république de bananes où existe une religion réformatrice, le bokononisme. Il désire trouver le troisième enfant Hoenikker, mais déjà son projet de roman s'étiole.

Un berceau du chat
Le berceau du chat est une uchronie. L'Histoire du monde telle qu'on la connaît n'existe pas. Ou plutôt, elle est modifiée. Dans le but de créer des réflexions. Sans oublier le divertissement que procure ce type de science-fiction. Le narrateur, John « Jonas », raconte les événements après qu'ils se soient produits (sauf la fin), donc avec un certain recul. Le tout donne une écriture peu conventionnelle, très post-moderne dans son éclatement structurel : le roman regorge d'extraits du livre sacré de Bokonon, de correspondances épistolaires, de poèmes, de phrase en dialecte de San-Lorenzo... et pourtant, le récit trouve le moyen de demeurer linéaire, cohérent... et intéressant.

En fait, la principale réflexion du roman se joue dans toutes ces paroles de Bokonon, où les valeurs de la société sont détournées au profit d'un cynisme lucide sur la connerie humaine.
Et je me rappelai le Quatorzième Livre de Bokonon, que j'avais lu intégralement la veille. Le Quatorzième Livre est intitulé « Existe-t-il, pour un Homme Réfléchi, une Seule Raison d'Espérer en l'Humanité sur Terre, Compte Tenu de l'Expérience du Dernier Million d'Années? »
Le Quatorzième Livre n'est pas long à lire. Il consiste en un seul mot : « Non. »
- p. 198
Le bokononisme est une religion basée sur le fait que tout est mensonge, même et surtout cette religion. Dans cette perspective, toute forme d'utopie est impossible. C'est aussi le sens du titre : le berceau du chat, un jeu de cordes pour les enfants, montre que rien n'a de sens. Et surtout pas les actions humaines. Il n'y a que des illusions, que l'on enseigne aux enfants sans cesse, générations après générations, grâce à la religion, grâce à l'éthique, grâce à la science...
- C'est un des plus vieux jeux du monde. Même les Eskimos le connaissent.
- Vous m'en direz tant.
- Depuis peut-être cent mille ans ou plus, les grandes personnes agitent des ficelles entremêlées au nez de leurs enfants.
- Hum.
Newt demeurait blotti dans son fauteuil. Il avança ses mains maculées de peinture comme s'il tendait entre elles un berceau de ficelle. « Pas étonnant que les gosses deviennent fous en grandissant. Un berceau de chat n'est rien d'autre qu'un faisceau d'X entre les mains de quelqu'un, et les gosses regardent tous ces X, ils les regardent, ils les regardent...
- Et?
- Et il n' a pas plus de chat que de berceau ».
p. 136
Le berceau du chat est un formidable roman de science-fiction, à la fois captivant et posé, qui jette un regard ironique sur le monde dans un récit où la science-fiction apocalyptique chevauche l'absurde existentialiste.

dimanche 17 juillet 2011

Les voisins - de Claude Meunier et Louis Saïa

Quatrième de couverture
Trois couples de banlieue se réunissent à l'improviste autour d'une projection de diapositives de voyage. À la fin d'une soirée qui tourne en rond et dont les sujets de conservation atteignent souvent le vide de l'absurde, les voisins s'adonnent à une charade qui tourne cette fois au tragique: un des maris mime une défaillance cardiaque qui s'avère réelle.

Claude Meunier et Louis Saia jettent un regard acide sur la vie de banlieue, son folklore matériel omniprésent et ses drames existentiels.

MEUNIER, Claude, SAÏA, Louis. Les voisins, Lemeac, coll. Théâtre, 2002 (1980), 104p


Au club vidéo, avant-hier soir, pour décompresser du stress des déménagements (plus qu'un seul!!!!), j'errais dans la section des films québécois en cherchant une bonne comédie. D'ailleurs, à ce propos, pourquoi cette section est-elle si petite? Quoique si je compare à celle des films étrangers, je me dis que ce n'est pas si pire au final... Enfin, bref, mon regard vague se posait à peine sur les jaquettes des comédies pas-drôles-pour-les-matantes, lorsque, dans un coin,  un titre éveilla en moi une pincée de nostalgie : Les Voisins. Un souvenir s'imposa avec douceur à mon esprit. J'avais lu la pièce à quatorze ans. Mon professeur d'art dramatique m'en parlait souvent, et je l'avais lue par curiosité, après lui avoir emprunté un exemplaire. Le film devant moi était l'adaptation la plus célèbre des Voisins, celle de Télé-Québec datant de 1987. Téléthéâtre au budget très restreint, plus ou moins réussi, mais néanmoins un classique, il m'a donné envie de vous parlez de la pièce écrite, et de partager un petit extrait du modeste film.

Les Voisins, un peu comme La Cantatrice chauve, met en scène des personnages au prise dans une vie routinière et matérialiste qui comblent tous les silences par des mots vides de sens. Mais ici, il s'agit d'une médiocrité de banlieue de classe moyenne, là où on montrait des bourgeois enrichis dans la pièce d'Ionesco. Les voisins taillent leur haies, bronzent dans le jardin, mangent des sandwich en jouant aux cartes ou jouent à des charades dans le salon. Ils se complaisent dans ses conversations inutiles et dans des formules de politesse préfabriquées au lieu de vraiment communiquer entre eux. Pire : ils nous ressemblent. Car Claude Meunier possède un talent immense : il sait parodier des gens proche de nous, comme nous. On reconnaît nos propres voisins à travers ses personnages, que ce soit dans sa célèbre série télé La petite vie ou dans son succès populaire théâtrale Broue. Il en va de même dans Les voisins où on reconnaît avec aisance sa plume derrière certaines phrases devenus des tics récurrents dans ses œuvres. C'est encore plus vrai dans le téléfilm avec des acteurs « habitués » de Meunier : Serge Thériault (Paul et Paul, Ding et Dong et La petite vie), Marc Messier (Broue, La petite vie) et Rémy Girard (La petite vie). Ils agissent comme nous, et on les reconnaît. Avec angoisse. On ignore si on doit rire ou pleurer devant leur inaction. Ces personnages réalistes ont des problèmes personnels assez graves. Certains couples battent de l'aile, la santé d'un autre personnage décline, les dangers de la dépression se font sentir à chaque instant... Je pense que la plume de Louis Saïa intervient dans ces moments de médiocrité, où une haie de cèdre brisée peut devenir le Vietnam d'un personnage se raccrochant avec désespoir à cette clôture d'arbre, unique raison de vivre, devançant femme et enfants... Le moment où Jeanine réussit à résumer son voyage en Europe avec quelques photos de l'eau sale de la Seine, d'un avion et d'une vache me semble plutôt un moment d'écriture partagé à deux, vraiment en harmonie avec les deux plumes. Absurde, drôle... et triste. Ces gens ne savent même pas profiter de l'instant présent, et se raccrochent à des objets plus qu'à des moments... ou des personnes. Toutefois, certains personnages, à la fois plus et moins blasés que les autres je présume, sont près d'une prise de conscience pas tout-à-fait assumée. Je parle de Laurette, consciente que l'ennui la tue à petit feu et de Suzy qui provoque sa mère dans le but de la faire réagir, de la sortir de sa catalepsie quotidienne.

Les voisins, une pièce d'une grande intelligence remplie d'humour et de douceur, qui montre des personnages qui n'ont rien à dire, mais qui le disent tout de même, dans le but d'oublier les silences et les introspections.

vendredi 15 juillet 2011

La cantatrice chauve - d'Eugène Ionesco

J'ai envie de vous parler d'une pièce de théâtre dans mon top 10 de mes livres préférés, rien de moins : La cantatrice chauve (1950) d'Eugène Ionesco.

Résumé
MME SMITH : Tiens, il est neuf heures. Nous avons mangé de la soupe, du poisson, des pommes de terre au lard, de la salade anglaise. Les enfants ont bu de l'eau anglaise. Nous avons bien mangé, ce soir. C'est parce que nous habitons dans les environs de Londres et que notre nom est Smith...

Le plafond est en haut, le plancher est en bas

La cantatrice chauve est une tragédie moderne... une tragédie qui use du rire pour mieux montrer le vide de l’existence. Ionesco construit sa tragédie autour des mots afin d'en montrer leur non-sens. Les dialogues insensés aujourd'hui si célèbres furent inspirés par les conversations mondaines et un manuel d'anglais Assimil. Car, quoi de plus insignifiant que des gens qui parlent pour ne rien dire? Que le machinisme des conventions sociales? Que la rhétorique des cours de langues avec leurs phrases toutes faites? En même temps, ce vide absolu fait rire... rire pour en oublier l'absurdité de la vie qu'il reflète. Car, comme Ionesco le dit lui-même, « jouer avec les mots, faire n'importe quoi avec les mots, c'est une délivrance. Donner aux mots une liberté entière, faites leur dire n'importe quoi, sans intention, il en sortira toujours quelque chose. Il y aura toujours des mots liés entre eux qui, par là, signifieront...» La signification ici, c'est l'angoisse de vivre face au néant de l'existence que l'on tente d'oublier par la symbolique que l'on accorde aux mots. Une symbolique déconstruite par Ionesco afin de dire la vérité oubliée.

« Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux! »

Face à un tel texte, l'illusion même de réalité devient impossible. En effet, la distorsion entre le signifiant et le signifié empêche toute interprétation du réel. Prenons la notion de temps en exemple : l'horloge farfelue n'indique jamais la bonne heure, et la fin de la pièce reprend le début, dans un caractère cyclique infini. Il en va de même du décor, si poussé qu'il en devient parodique :
Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise. M. Smith, Anglais, dans son fauteuil et ses pantoufles anglais, fume sa pipe anglaise et lit un journal anglais, près d'un feu anglais. Il a des lunettes anglaises, une petite moustache grise, anglaise. A côté de lui, dans un autre fauteuil anglais, Mme Smith, Anglaise, raccommode des chaussettes anglaises. Un long moment de silence anglais. La pendule anglaise frappe dix-sept coups anglais.
Les personnages, quant à eux, porte en eux l’idéologie de la pièce : ils sont aussi vides que les mots qu’ils utilisent, aussi vrais et banals que la plupart des gens. Iosnesco a d’ailleurs qualifié ses personnages de « fantoches ». Cependant, ces fantoches ne sont pas comme les marionnettes de Jarry (Ubu Roi), des « états brutes » d’émotions, puisqu’ils sont victimes de leur propre vide intérieur, de leurs angoisses temporelles. Ces personnages n’ont pas d’identité, sont interchangeables. Ils ne vivent rien car ils ne font rien. Tous parlent pour éviter l’angoisse d’un silence trop pesant, chaque ange qui passe devenant éclipsé d'un coup de langue.

« J'aime mieux un oiseau dans un champ qu'une chaussette dans une brouette ».

Le résultat est d'une drôlerie incroyable, car, dans notre naïveté, nous ne voyons pas les gouttes de sueurs froides laissées par l'auteur sur le papier, dans cette pièce absurde où il n'y a même pas de cantatrice chauve parmi les personnages.

« - À propos, et la cantatrice chauve ?
- Elle se coiffe toujours de la même façon »