lundi 27 juin 2011

Zazie dans le métro - de Raymond Queneau

QUENEAU, Raymond. Zazie dans le métro, Gallimard, Coll Folio, Paris, 2008 (1959), 261p

Quatrième de couverture
-Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai.
-Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
-Qu'est-ce qui t'intéresse alors?
Zazie répond pas.
-Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse?
-Le métro.

Malheureusement pour Zazie, les poinçonneurs sont en grève, et donc point de métro!
Raymond Queneau lui a pourtant fait visiter le souterrain, dans deux fragments du premier manuscrits, intitulés « Zazie vraiment dans le métro », présentés dans cette édition.


Enfance rebelle
Je souhaitais lire Zazie dans le métro depuis belle lurette. Les histoires d'enfant-méchant, ça m'attire. Les petits morveux apportent du piquant à la littérature. Les cancres, les solitaires, les irrévérencieux, les rêveurs, les téméraires et tous les autres désobéissants à l'ordre adulte créent les meilleures aventures.

Zazie, elle, occupe une place de choix dans l'enfance rebelle : celle de la révolte active. Impolie, sadique et culottée, elle terrifie les adultes de son entourage. Elle démasque leurs secrets. Elle comprend sur l'instant la nature profonde des personnes qui l'entourent. Elle déstabilise avec sa langue qu'elle ne porte pas dans sa poche.
Mais les vérités qu'elle profère ne sont que superficielles. Il manque à Zazie la maturité de saisir les choses dans leur entièreté.
Et c'est là qu'entre en jeu l'allégorie du roman : le métro.

Métaphore de la vie adulte
Le métro. Que Zazie ne peut pas prendre pour cause de grève. Est-ce un faux rebondissement narratif d'une simplicité naïve? 
Non.
Au départ, Queneau écrivit deux passages textuels se déroulant dans le train souterrain. Mais comme il craignait que le temps et la modernité rendent ces descriptions obsolètes, il les supprima de son manuscrit (d'ailleurs, la présente édition est augmentée des ces fragments à la fin du livre).
Mais au-delà des questions de style, le métro métaphorise la vie adulte que Zazie désire atteindre, en vain.
Zazie est une ingénue qui fourre son petit nez partout afin de tout comprendre. Les derniers mots du livre, en particulier, sont très parlant à ce sujet :

- Alors, tu t'es bien amusée ?
- Comme ça.
- T'as vu le métro ?
- Non.
- Alors, qu'est-ce que t'as fait ?
- J'ai vieilli.

En fait, elle a pris le métro, mais elle dormait à ce moment. Tout comme l'innocence quitte l'enfant sans qu'il ne s'en rende compte, et le fait entrer dans l'ère adulte. 

Jeux de langage
J'ai appris une nouvelle expression grâce à ce roman :
Provincial/e
1) Qui appartient à une province, qui concerne une province.
2) (Péjoratif) Qualifie l’air, les manières, le langage, etc., des personnes de province, par opposition à l’air, aux manières, etc., des habitants de la capitale.
Air provincial. — Manières provinciales.
Langage, accent, style provincial. — Les mœurs provinciales.

Note d’usage : Au Canada, le sens 1) s'oppose à fédéral et, dans un autre ordre, à municipal.Le sens 2) n'est pas usité au Canada.

Source : http://fr.wiktionary.org/wiki/provincial
Je parle du deuxième sens, évidemment. Zazie est une « provinciale ». Et pourtant... les Parisiens qui l'entourent ne semblent pas plus distingués. Alcooliques, ignorants, travestis, violeurs, manipulateurs, menteurs, mais tout de même sympathiques pour la plupart, ils entraînent Zazie dans une aventure décalée et tout bonnement incroyable, qui nous fait découvrir un Paris d'époque avec moult détails.
Toutefois, ce ne sont pas les péripéties, mais les jeux de langages qui m'ont le plus attirée dans ce roman.
L'écriture calque la langue parlée, ce qui offre de petites merveilles linguistiques, tels « doukipudonktan », « hormosessuel », « bloudjinnze » ou « le bâille-naïte de cette cité ». Le roman en est remplies. Pour ma plus grande joie. À chaque page. Et disons que lire certains passages à voix haute aide à mieux les comprendre. Et pour qu'un livre donne envie de lire à haute voix, c'est qu'il est génial. ^^

Pour conclure, Zazie dans le métro, roman d'apprentissage truffé de jeux de mots et de descriptions de l'ancien Paris, se lit comme on mange du chocolat. On voudrait le faire lentement, mais on ne peut pas.


Extrait
« - Alors ? Pourquoi que tu veux l’être, institutrice ?
- Pour faire chier les mômes, répondit Zazie. Ceux qui auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille, toujours des gosses à emmerder.
- Eh bien, dit Gabriel.
- Je serai vache comme tout avec elles. Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger l’éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses. Parce que je porterai des bottes. En hiver. Hautes comme ça (geste). Avec des grands éperons pour leur larder la chair du derche.
- Tu sais, dit Gabriel avec calme, d’après ce que disent les journaux, c’est pas du tout dans ce sens-là que s’oriente l’éducation moderne. C’est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension, la gentillesse. N’est-ce pas, Marceline, qu’on dit ça dans le journal ?
- Oui, répondit doucement Marceline. Mais toi, Zazie, est-ce qu’on t’a brutalisée à l’école ?
- Il aurait pas fallu voir.
- D’ailleurs, dit Gabriel, dans vingt ans, y aura plus d’institutrices : elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l’électronique, des trucs comme ça. C’était aussi écrit dans le journal l’autre jour. »

12 commentaires:

Liphéo a dit…

Ouah, ça m'a l'air intéressant ça... merci pour cette découverte ! :)

Mascha a dit…

De rien, hihi. ^^
Ce roman en vaut vraiment la peine. ;)

Biblio a dit…

Livre lu quand j'étais (trop ?)jeune et qui ne m'a pas laissé un grand souvenir. Une relecture serait nécessaire.
Pas beaucoup de littérature française sur ton blog, un choix ?
D'un autre coté pas beaucoup de livres québecois sur le mien !
Musicalement je ne connais et j'apprécie que les cowboys fringants (je passe les Dion, Lemay, Garou et consort). Coté livre j'ai eu un livre qui m'ait tombé des mais avec dans le titre (je crois) le mot rhum et abeille.
Un manque total de culture de ma part !

Mascha a dit…

Bonjour Biblio!
Pour te répondre, oui, c'est un choix et une question de goût. Je n'aime pas vraiment la littérature française (désolée... :S), et ne suis pas étonnée non plus devant les chiffres qui montrent que c'est la moins traduite et vendue au monde... :S
La littérature française est embourbée en ce moment dans un élitisme crasse qui lui enlève toute originalité et esprit de revendication. :s
Sans parler la quasi-absence de plume féminine qui me trouble à un point élevé. :S
Je lis un peu de littérature française ouvrière cela dit. Elle est excellente (très!), mais si difficile à trouver... Sniff :(
Tu comprends ce que je veux dire? Je ne désire en aucun cas te froisser. :(
Je pense que la culture française est capable de supporter les reproches tant elle est grande. ;)

D'ailleurs, il y a des auteurs français que j'aime : Boris Vian, Raymond Queneau ici présent, Molière, Eugène Ionesco, Albert Camus (considéré comme étant l'auteur français le plus apprécié au Québec, à cause de son absence d'élitisme justement), Michel Tournier, Jacques Prévert, Charles Baudelaire...
Amélie Nothomb et Éric-Emmanuel Schmitt sont Belges, alors je ne les classe pas dans cette catégorie, mais je les adore ;)

Pour les livres québécois, héhé, il y a quelques bons noms sur ce blogue, si tu veux des idées. ;)
Je suis fan de Robert Lepage dans le théâtre. ^^

Pour les chanteurs que tu nommes, bien, ce n'est pas de la musique québécoise. Ici, ils sont classés dans la section Variété française des les magasins de disques. huhu ^^
Ce sont des chanteurs créé spécialement pour la France. Mais la musique que l'on écoute ici n'est pas celle-là.
J'ai quelques noms également de VRAIE musique québécoise sur ce blogue. Je te conseille Les Colocs et Karkwa, meilleurs groupes québécois à vie. *pleins de petits cœurs!!!!* ^^
Et j'ai un immense faible pour les Loco Locass, mais c'est peut-être moins accessible pour toi lol. XD

Merci beaucoup pour ton commentaire, il m'a fait plaisir.
J'espère que tu repasseras bientôt. Je vais retourner faire un petit tour sur le tien cet après-midi même. ;)

Biblio a dit…

T'inquiètes pas je suis infroissable!
Mais je ne connais pas la littérature française ouvrière !
Par contre je suis surpris d'apprendre que les cowboys fringants ont été crée pour nous car c'est plutôt raté !En plus avec l'accent qu'ils ont et les expressions compréhensibles que par les québecois ! Mais cela n'a pas empêché qu'ils gagnent plusieurs Felix et qu'ils remplissent les salles.
Je vais suivre tes conseils sur les autres groupes .
A+

Mascha a dit…

Oups! Je me suis mal exprimée, je pense. J'excluais les Cowboys fringants de cette liste, je parlais plutôt de la pop/variété française. ;)
Les Cowboys étant un groupe alternatif qui connu un immense succès auprès des générations X et Y lors des années 2000, ils n'ont rien à voir. Ils sont vraiment originaux, uniques et nationaux. ;)
hihi
Merci de la réponse! ^^

Biblio a dit…

Je comprend mieux ! Vous pouvez pas les garder chez vous vos chanteurs(ses)de variétés qui chantent sans aucun accent et nous envoyer vos bons groupes.
Tes auteurs français, ils sentent beaucoup le sapin. Tu n'en lis pas des vivants !

Mascha a dit…

Si seulement c'était les gens intelligents et désintéressés qui prenaient cette décision! Mais non! Hélas, c'est l'industrie avide et inculte qui décide de nous faire une telle honte... :(
Et oui, l'absence d'accent à l'étranger est souvent considéré comme de la puterie. Disons que c'est mal vu, comme un scrupule envers les origines, au lieu de la fierté. :(
*soupir de découragement*
Pour les auteurs, ce sont justement les vivants que je n'aime pas trop. XD
Et puis, veut, veut pas, Vian et Ionesco sont encore plus d'actualité que certains membres des jury littéraires (comment cela, des momies sur pattes??). XD
Mais si tu as des noms à proposer, vas-y toujours, je reste ouverte d'esprit, surtout en matière de bouquins. hihi ^^
Tu me feras peut-être changer d'avis, qui sait! ^^

Biblio a dit…

Il est sur qu'il ne faut pas chercher les bons auteurs parmi les lauréats des prix "entre amis".
Je ne lis pas spécialement les auteurs français, je m'intéresse pas a la nationalité de l'auteur. Sinon pour les auteures françaises je te conseille (si tu ne la connais pas !) Delphine de Vigan ("les heures souterraines" "No et moi").
J'ai écouté Loco Locass, je suis pas un fan de rap mais j'ai été scotché par la chanson "M'accrocher ?"

Mascha a dit…

Oui, voilà. ;)
Et, puis, ils doivent répondre à la demande des mémères qui achètent les albums en quantité industrielle alors qu'elles ne savent même pas faire la différence entre un groupe et une chanteuse. lol

La nationalité de l'auteur n'est importante pour moi que pour une question de mise en contexte, au même titre que l'époque. Sinon, c'est vrai que je lis les livres qui me tentent avant tout, point. héhé. Je ne prends jamais en compte, cela dit, le sexe ou l'orientation sexuelle.
Merci pour le conseil, je prend le nom de Vigan en note dans ma Wish List. ;)

Je ne suis pas une grande fan de rap moi non plus, mais les Loco Locass, c'est un genre à part. Ils font de la rapoésie, musique qui transcende le rap.
Mais disons que pour moi, dans le hip hop (le rap est très rare au Québec en fait), soit j'aime, soit je déteste. Par exemple, le rappeur algonquin Samian a mon admiration éternelle, mais il est l'exception plutôt que la règle héhé. Mais je me doutais que les Loco serait peut-être moins accessible pour toi, ne serait-ce qu'à cause des propos politiques. ;)
Les Colocs devrait te plaire, c'est « juste » le meilleur groupe de l'histoire musicale du Québec. héhé
Sans eux, des groupes comme Les Cowboys fringants n'auraient jamais pu voir le jour. ;)

Merci du commentaire! ^^

anais t a dit…

Bonjour Mascha,
tu parlais de littérature ouvrière, est-ce que tu connais les romans de Gérard Mordillat ? Je te conseille "Notre part des ténèbres" ou mieux, "Les Vivants et les morts", l'histoire d'une restriction de personnel dans une usine dunord de la France construit comme une tragédie grecque ! Par ailleurs, si effectivement la littérature française contemporaine est un peu faible en ce moment, il y a malgré tout de grande plume comme Carole Martinez : jette un oeil à l'article que je lui consacre sur mon blog, tu verras que ses romans méritent le détour !
A bientôt

Anaïs http://mespetitsbouquins.blogspot.fr/

Mascha a dit…

Merci pour tous ces conseils, je prend les noms en note. ;)