jeudi 23 décembre 2010

Daniel Boucher - Le soleil est sorti (album)


Pour un cours universitaire, récemment, j'ai dû choisir un album à analyser en profondeur. En fouinant chez un disquaire, j'ai trouvé cet album, Le soleil est sorti (2008) de Daniel Boucher. Connaissant plus ou moins les moyens et grands succès du chanteur, je me suis dis que l'exploration de l'univers de Boucher ne pourrait pas nuire à ma culture. Mais cet album... une claque dans la poire, mes amis. Une cymballe de claque. Que je partagerai avec vous. Mais non, n'ayez pas peur, je ne recopierai pas mon analyse de 12 pages ici, je vais plutôt en paraphraser quelques passages. Je ne suis pas sadique. ;-)

1- Ré
2- Le soleil est sorti
3- Sans ma vie
4- La vie comme une vue
5- Le tel quel à vie
6- Marcher
7- Le monde est grand
8- Je veux me reproduire
9- Parc Laurier
10- Perles-tu ?
11- Sentir le vide
12- Docteur
13- Je t'aime comme un fou.
  


Le soleil est sorti, aux influences musicales des années 60 et 70, comme Robert Charlebois, Elvis Presley, Jimi Hendrix et The Beatles, est un album très positif, non dans le sens des valeurs, mais d’un point de vue créatif. Daniel Boucher en a dit : «Mon album s'appelle Le soleil est sorti, c'est signe qu'il y a de la lumière au bout du tunnel. Mais pour moi, ça veut aussi dire qu'il faut vivre au maximum autant dans le bonheur que dans la douleur. Une peine intense, assumée et traversée de front, ça vaut mieux qu'un bonheur de profil. Le simple fait de réaliser que t'es malheureux est une sensation proche du bonheur. Ce sont des émotions tellement fortes que quand tu décides de les habiter, de les vivre à fond, ça te permet d'avancer».
La réception critique fut en général très positive : Le soleil est sorti est plus que souvent considéré comme étant l’album le plus mature du chanteur. On souligne, en outre de l'atmosphère musicale indéfinissable et dépouillée, la prose colorée de Boucher qui se place dans la veine de Claude Gauvreau et de Jean-Pierre Ferland, et la voix de Boucher, plus organique que sur les autres albums, plus vraie, plus dans la lumière.

Je ne ferai pas une analyse track by track, mais je peux dire que les treize chansons, toutes écrites sous la perspective de la lumière, ne sont pas reliées ensemble comme dans un album concept, mais révèlent plutôt que l'album possède un concept, celui du soleil, des émotions vues de face. Cela  se met en oeuvre à travers des thèmes tels l’envie de transmettre ses valeurs à un descendant, l’amour et la vie de couple, l’identité personnelle et nationale reconnues de manière positive, etc.

Par exemple, la chanson-titre utilise une écriture métaphorique permettant d’intégrer la notion de lumière à cette chanson, tout en faisant une image à la fois simple et belle, celle du ménage. Le renouveau pointe ses rayons partout dans la poésie familière et allégorique de l’auteur. Elle se conclut d'ailleurs sur les propos mêmes de la chanson qui reflètent en fait ceux du concept de la lumière : « on fait-tu l’ménage / on s’fait-tu clair? ». On laisse entrer la lumière dans sa vie par une allégorie du renouveau. Le soleil est sorti, après tout.

Dans la piste quatre, « La vie comme une vue », Daniel Boucher fait un lien entre la vie et l’envie, avec à la fois cynisme et espoir, dans la voie des émotions mises en pleine lumière, sans rien cacher. Magnifique refrain.

La cinquième chanson de l’album, « Le Tel Quel à vie », présente un amour vrai et authentique, le tout dans un style très épuré, avec peu de paroles. Il s’agit de sentiments très intimes qui sont montrés « tels quels », dans la perspective de la lumière qui révèle tout. Le thème principal de la chanson est la sincérité amoureuse, où l’on regarde les choses en face, et non de profil. Donc, la lumière est présente dans cette chanson par les thèmes et jeux de mots qui mettent en valeur les sentiments du locuteur ressentis pleinement, montrés en plein soleil, sans ombre.

« Je veux me reproduire » est une chanson (la huitième de l’album) où la lumière se fait présente dans les thèmes de l’envie de la transmission des valeurs, de l’amélioration de sa propre vie avec un enfant, du fait de se trouver soi-même par la perpétuation. Daniel Boucher la chante avec sa propre mère (!), ne voulant pas demander à une autre femme de chanter ces paroles (« je veux me reproduire). Cela produit deux effets de sens. En premier, le partage des voix homme/femme peut montrer l’envie partagée de relations sexuelles et de perpétuation de l’espèce. En second, le fait de chanter cela avec sa mère peut aussi montrer que l’envie de reproduction parcoure toutes les générations. Le cycle se perpétue ainsi. On retrouve en effet ces deux voies dans les thèmes de la reproduction humaine, la naissance, la descendance, les ancêtres. La lumière est présente dans le sentiment d’authenticité de la chanson : le locuteur veut un descendant pour transmettre ses valeurs, tout comme ses parents ont fait avec lui, et il ne le cache pas. Bien au contraire, il l’affirme. Il n’est donc guère surprenant que le refrain soit aussi citée sur la pochette de l’album : sa lumière montre une envie d’aller de l’avant, vers le mieux, vers la vie et le sens qu’on lui donne.

« Parc Laurier », la neuvième piste de l'album, est une déclaration d'amour d'un père à son fils. Pour moi, c'est la plus belle chanson de l'album, la plus authentique, la plus lumineuse. Le fils, c'est le soleil dans la vie du père. Et rien n'est plus beau que de voir le soleil briller lors d'une matinée toute simple, dans un parc urbain, près de la piscine.

La dixième piste, la chanson politique de l'album, « Perles-tu? » (comprendre « parles-tu? » dit de façon snob), une chanson choc sur l'importance d'être fière de ses origines, de parler sa langue sans honte ni prétention, de se tenir debout dans la fierté de son lignage, de sa culture, de son peuple. Une chanson qui demande de se réveiller, et de regarder le soleil en face, sans détourner le regard sur ce qui est au fond sa propre personne. Il ne faut pas perler, mais parler, haut, fort, dans le respect des autres, mais surtout de soi-même. Un sage conseil face aux questionnements sur la chute du « Maître chez nous? », sur la honte des québécois de leur culture face à celles des immigrants? Oui, il s'agit bel et bien d'une chanson sur les accomodements raisonnables, écrite bien des années avant la Commission Bouchard-Taylor.

Je vous laisse découvrir le reste, tout est superbe!

Quelques mots sur la pochette
La couverture montre un soleil levant — principal symbole de l’album — derrière des arbres devenus orange par l’événement qui prend une ampleur presque psychédélique. Les couleurs (orange, noir, orange, jaune, blanc et un tout petit peu de vert) sont présentes partout. Sur la couverture, elles donnent une impression d’épurement. L’endos de la pochette montre le visage de Daniel Boucher. Son expression est paisible et simple. À l’intérieur de la pochette, il y a une inscription : « ...chacun à son chemin / chacun cherche le sien / chacun cherche à changer son destin... ». Il s’agit d’un extrait de la chanson « Je veux me reproduire ». Une autre inscription est présente dans le livret, un extrait de la chanson titre qui indique cette envie de trouver la lumière : « ...on s’fait-tu clair? ».
Avec cet album, Daniel Boucher frappe fort, et inscrit son album dans une branche de la musique québécoise qu’il est le seul à habiter.

2 commentaires:

Daniel Falardeau a dit…

Bonjour chère amie visuel du verbe à la Boucher.
Je viens de lire ce commentaire que je trouves très bien rendu sur les vues de la vie et de l'album du bon bum qu'est cet artiste que j'adore.

Même si je suis en retard d'année sur ton commentaire le verbe reste toujours égale dans tout ses albums. Je mets la population québécoise, au défi d'écouter chaque "track" à suivre pour survivre comme peuple chez nous.

Merci

Mascha a dit…

Merci à toi pour ce commentaire intéressant! Boucher est effectivement un poète qui prends les mots du quotidiens pour les rendre éternels. Je l'admire pour ça. :)