jeudi 12 janvier 2012

Monologues - d'Yvon Deschamps

Monologues, Yvon Deschamps, Préface par Alain Pontaut, Leméac, Coll. Mon pays mes chansons, c1973, 236 p., ISBN 07761-4655-6

Mon avis
Je présentais ce livre quasi-introuvable dans un autre message en en disant ceci :
Yvon Deschamps, l'inventeur du stand-up québécois, un des meilleurs humoristes de la francophonie, voire même du monde. Ce recueil rassemble certains de ses meilleurs et plus célèbres monologues. Inutile de préciser mon enthousiasme à lire et relire ce bouquin.
Après la lecture, je suis en accord de dire que cet avis ne diverge toujours en rien, pas même d'un iota : Yvon Deschamps est vraiment un des meilleurs humoristes au monde. Ce livre, qui recueille ses monologues de 1968 à 1973, présente des textes toujours aussi fort à notre époque, sur des sujets intemporels et universels : l'exploitation, les relations entre les dominants et les dominés consentants, le sexisme, le racisme, la paternité, la sexualité, l'américanisation de la culture, l'infidélité, la guerre, l'argent, la quête du bonheur, etc. Que de sujets joyeux en perspective... héhé! Car il s'agit de la grande force d'Yvon Deschamps : la dénonciation des travers sociaux des Québécois par le biais de l'humour. Car, il est bien connu, Deschamps est le seul à pouvoir dire des énormités sur scène : tout le monde lui pardonne. Il peut traiter les noirs de nigger, les femmes d'épaisses, les personnes agées de pépères, on ne s'en offusque pas. Pourquoi? Car le personnage interprété par Yvon Deschamps représente tous nos défauts (humains, déterminés et rétrogrades) mis à nu sur la scène. On analyse la société de cette époque à travers lui, à travers les traits qu'il grossit avec la loupe du rire et de l'auto-dérision. N'est-ce pas une preuve de maturité de savoir rire de soi-même après tout? Le peuple québécois a donc compris depuis longtemps qu'il faut prendre ces satires pour ce qu'elles sont, et que les véritables sens des monologues se découvrent dans la réflexion qui en découle. Il faut en effet comprendre le contraire de ce qui est dit. En tout temps. Ce qui augmente le ridicule du personnage, et arrive même à nous le rendre sympathique et attachant. Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'avais de la compassion pour cet être ignorant et faible. Comme dit dans l'excellente préface écrite par Alain Pontaut :
Cet art, qui est des plus évidents, est aussi d'une extrême subtilité: le personnage des monologues est aberrant mais pitoyable, cruel mais démuni, ridicule mais humain, c'est-à-dire sympathique. Il est éminemment représentatif d'une société qui en a fait ce qu'il est, sans aucunement porter en lui la condamnation de toute cette société. Il est l'illustration vivante, et le portrait comique, d'un langage à la fois authentique et traumatisé, populaire et anglicisé, précieux et déprécié, libéré du purisme élitaire et non moins menacé de mort. Il est le porte-voix ambigu, concernant-concerné, d'une âme collective à la fois chaleureuse et malade. Et par ce personnage, l'auteur joue de tous les niveaux, didactique, esthétique, de la communication, confiant au plus niaiseux le soin, tout indirect, mais explosif, de la satire, le souci de faire éclater la vérité par le mensonge et l'équilibre de l'humanisme par le grossissement de la dérision et tous les pouvoirs de l'absurde, faisant naître de son abaissement même, si démoralisant, une réflexion utile et re-moralisante, de sa situation et de son expression bâtardes, une force comique réconciliante.
- P. 11 et 12
Le personnage est donc crédible, réel, et c'est ce qui fait qu'on s'y attache et s'y reconnaît avec tant de facilités, et ce, malgré les inepties proférées par ce dernier.

Yvon Deschamps en 2010
De nos jours, Yvon Deschamps ne fait plus d'humour. Retraité et désabusé, il semble avoir perdu confiance dans le domaine de l'humour au Québec. Lorsqu'on regarde et compare sa verve avec l'actuelle, on comprend pourquoi. Deschamps prend sans cesse le parti du plus démuni, du plus faible de la société. Sans vouloir jouer les rabats-joie, les humoristes contemporains ont plutôt tendance à se moquer des faibles. À ne surtout jamais, au grand jamais, mordre la main qui ne le nourri. Il est en effet si facile de rire de ceux qui ne peuvent se défendre... Avec ces monologues, on retrouve un humour presque disparu : un humour social et politique, un humour de réflexions et de noble satire, un humour anti-élitiste mais pourtant bel et bien pilier de notre culture.

Extrait
Comme le disait Yvon Deschamps : « On veut pas l'saouère quosqu'é-t-arrivé... ON VEUT LE OUÈRE! »
Alors, selon cette volonté, au lieu d'avoir l'habituel extrait écrit, voici un de ses sketchs les plus célèbres, celui qui l'a fait connaître et reconnaître, celui qui a inventé le stand-up québécois, celui qui ouvre le recueil : Les Unions, qu'ossa donne?


Suppléments
Yvon Deschamps est le porte-parole officiel d'Oxfam-Québec, un organisme dont je fais moi-même partie, et dont je vous invite à au moins visiter la page web. ;-)
Oxfam invite à la mobilisation contre la pauvreté et l'injustice de par le monde, causes qui représentent bien ce grand humoriste.

4 commentaires:

Suzan a dit…

Ton commentaire est très bien et m'a fait me souvenir de très bons spectacles auxquels j'ai assisté de ce grand monsieur. Pour moi Yvon Deschamps et Clémence Desrochers sont les grands maîtres de l'humour québécois.

Mascha a dit…

Je dois avouer moins bien connaître Clémence, mais il est bien vrai que le poids de sa participation dans le domaine de l'humour est colossal. Son influence est aussi grande que celle de Deschamps, bien que plus discrète (parce que femme dans un métier « d'homme »).

Merci beaucoup de ton appréciation, c'est gentil! :)

Solange a dit…

Merci Mascha pour ses bons souvenirs pour avoir moi-même assité à un de ses spectacle. C'est mon avis à moi aussi que c'est le plus grand monsieur de tous les temps. Merci de m'avoir permis de lire une partie du livre de ce grand humoriste au monde.Toute mes félicitations pour cette place qu'occupe Yvon Deschamps dans ton blogue..

Mascha a dit…

Bien de rien. Merci à toi de m'avoir écrit un commentaire. Si tu veux, je peux te le prêter, ce livre. ;)